Une autre idée du luxe ·
Pourquoi Souki s'appelle Souki
C'est la question qu'on nous pose le plus souvent, dès l'arrivée. La réponse tient en deux mots, un d'ici, un de loin.
Par Gilles Pascal
On nous le demande presque à chaque arrivée, souvent avant même d'avoir posé les valises : d'où vient ce nom ? Il ne ressemble à rien d'ici, et pourtant il en vient. Nous l'avons cherché pendant plus de deux ans. Voici la réponse, en deux mots.
Le premier mot vient d'ici
Cabrières est un village de vignes, et pas depuis hier : on y fait du vin depuis des siècles, et la tradition locale raconte que Louis XIV appréciait ceux de Cabrières. Depuis les terrasses des lodges, ce qu'on voit, ce sont des rangs, des collines, et cette terre qui change de couleur avec les saisons. En occitan, la langue qui s'est parlée ici bien avant le français, la souche de vigne — le cep, ce pied noueux qui reste en terre d'une année sur l'autre — s'appelle soca. Le mot est ancien : une forme de soca, au sens de souche ou de cep, apparaît déjà dans un document occitan de 1143. Et son diminutif, la petite souche, c'est soqueta.
Nous voulions un nom qui dise le pays sans le décrire. Soca le disait, et sa sonorité nous a suivis : quelque chose qui tient à la terre, qui traverse les hivers, et qui donne.
Le second vient de loin
En japonais, suki exprime le fait d'aimer, d'apprécier — un lieu, un plat, une personne. C'est un mot du quotidien, pas un mot de poète.
Souki n'est pas un décor japonais, et ses lodges n'en reprennent aucun code. Nous avons simplement aimé ce mot, sa sonorité, et ce qu'il permettait d'espérer : qu'on puisse aimer un lieu avant de savoir exactement pourquoi.
Souki
Les deux mots se ressemblent à l'oreille, et ils se sont rejoints sans qu'on ait à forcer. Souki n'est ni l'un ni l'autre : c'est le nom que nous avons fait avec les deux. Une souche de vigne dans les collines de l'Hérault, et le mot pour dire qu'on aime. C'est tout ce que nous avions à dire du lieu.
Nous avions posé des règles, pendant ces deux ans de recherche : un nom ancré dans le pays, qui ait un sens, sans « r » pour qu'on le prononce partout sans l'écorcher, et court pour qu'on le retienne. Beaucoup de mots y sont passés, certains traduits, certains inventés. Celui-là les a tous remplacés le jour où il est arrivé. Il est resté, et les gens le retiennent — c'est peut-être la seule preuve qui compte.