À table ·
Le dîner servi dans l'intimité de votre lodge
Un soir d'octobre, chez Souki. Il n'y a pas de restaurant ici ; il y a une cuisine chez nous, deux lodges, et le chemin entre les deux que nous faisons chaque soir. Voici à quoi ressemble ce chemin.
La pénombre
Ils sont arrivés à seize heures. Le lodge les attendait rideaux tirés, les petites lampes allumées, du jazz quelque part en sourdine, et cette odeur de bougie Trudon qui prend la pièce entière et qu'on ne sent plus au bout d'une heure. On entre dans une pénombre chaude. On ne sait pas encore où l'on est.
Puis le rideau s'ouvre. Chaque fois, c'est un petit théâtre, et chaque fois la scène est différente : ce soir-là il y avait du vent, et les chênes dansaient devant la baie. D'autres jours tout est immobile, la lumière est jaune ou grise, la piscine fume. On explique le lodge, la piscine, les commandes, et on referme la porte derrière soi. Le dîner est à vingt heures. D'ici là, le lieu est à eux.
La cuisine
Dix-huit heures trente. Nous sommes en cuisine, chez nous, à quelques pas. Les produits ont été travaillés dans l'après-midi ; ceux du potager, ceux des producteurs que nous connaissons, ce qu'octobre donne. Ce soir, cinq entrées, comme chaque soir : elles changent avec la saison et avec ce qu'on a trouvé le matin.
Sur le plan de travail, les plateaux se dressent. Le menu s'imprime : leurs prénoms, la date, le nom du lodge. Les plats sont les mêmes pour les deux tables ce soir-là ; le menu, lui, n'est qu'à eux.
Le chemin
Vingt heures. On sort avec le plateau. On passe par l'extérieur ; en octobre, c'est déjà la nuit, et on connaît le chemin sans lumière. On frappe, on entre. La table se dresse, les entrées s'y posent une à une, et on les invite à s'asseoir.
C'est le moment où l'on parle le plus. Chaque assiette, d'où elle vient, pourquoi ces deux choses ensemble. Puis le vin : la cave du lodge est fournie, mais ce qu'on conseille, ce sont des vins d'ici, accessibles, pas des trophées. Certains ont déjà ouvert une bouteille en arrivant ; d'autres nous demandent de choisir, et on choisit. Et on s'en va.
Le second passage
Pendant qu'ils sont aux entrées, on est déjà rentrés. Les cuissons, le dressage du chaud — viande ou poisson, selon le soir. Puis on refait le chemin, on débarrasse, on pose le plat, on repart. Plus tard le fromage. Plus tard le dessert, toujours fait maison.
Avec deux lodges à des rythmes différents, ça se règle à la minute, et de leur table on ne le voit pas. C'est un ballet, mais un ballet qu'on ne regarde pas.
À chaque passage, quelques minutes. Ils racontent un peu de leur histoire, ou ils demandent la nôtre, et on la raconte — comment on est arrivés ici, pourquoi deux lodges et pas plus. Jamais longtemps. Juste assez.
La soirée continue
Après le dessert, on débarrasse une dernière fois. Dans le salon, la cheminée est allumée. Puis on referme doucement la porte et on reprend le chemin de la maison. La soirée continue pour eux, sans nous.
Ils peuvent s'asseoir sur le tapis devant le feu, parler, rire et laisser passer les heures. Choisir un fauteuil et prolonger la conversation. Ou sortir sur la terrasse, s'allonger sur le lit extérieur et lever les yeux.
Le télescope est là. La piscine reste à 32 °C. Au-dessus des collines, les étoiles prennent toute la place.
Il n'y a plus de service à attendre, plus rien à organiser. Seulement la soirée, le lodge et le temps qui reste avant le matin.
À neuf heures, la malle du petit-déjeuner les attendra devant la tisanerie.
Un dîner sans salle ni table voisine. Deux personnes, une cuisine, quelques allers-retours dans la nuit, et tout le reste de la soirée pour eux.